Turquie : thé, minarets et chiens de berger

Turquie : thé, minarets et chiens de berger

Du 12 Avril au 04 Mai

(J)

L’ouest de la Turquie

Petit matin brumeux à Chios comme dans nos têtes encore peu remises de la nuit dans le ferry. Le petit port s’anime avant même le lever du soleil, au rythme des arrivées des bateaux qui terminent ici leur itinéraire à la porte de l’Asie. Après un café nous prenons place à bord d’un petit traversier, et en compagnie d’Alex et Clarisse nous mettons roue à terre une heure plus tard en Turquie. Voici le début du deuxième chapitre de cette aventure, nous laissons derrière nous l’Europe pour ouvrir une nouvelle page sur le monde ottoman !

Nous laissons nos amis annecéens à Çeşme, ville portuaire de la pointe ouest du pays, pour pénétrer au cœur du pays. Très vite, la Turquie nous apparaît immense et imposante par ses paysages de collines sèches à la végétation plutôt rase, son ciel troublé par le sable qui fait disparaître l’horizon et nous donne une impression de terre sans fin… Pour saluer une dernière fois la Méditerranée, nous campons pour nos deux premières nuits en bord de plage, où les restaurants ne sont pas encore ouverts pour la saison touristique. Les turcs que nous rencontrons nous offrent le thé « çay » (se prononce tchaï, boisson incontournable ici. Servi dans de petits verres et bu à longueur de journée, c’est la boisson par excellence, suivie par l’ayran, un yahourt à base de lait de vache, qui lui accompagne volontiers les repas. Nous retrouvons quelques similitudes avec la Grèce au niveau culinaire, les büreks changent d’orthographe mais pas de recette, les kebaps sont déclinés sous des formes plus variées mais la cuisine méditerranéenne reste fondée sur la même base de légumes (olives, tomates, aubergines, piments, épices…) et de viande de mouton, d’agneau ou de chèvre. Nous faisons le plein d’orange, pommes, figues, que nous trouvons en abondance ici à un coût bien moins élevé. Les vitamines et la fraîcheur des fruits nous sont d’une grande aide pour avancer sous le soleil ! Les températures sont montées, surtout en journée. Le long de la côte, les routes sont neuves et bien roulantes. Et pour cause ! Des lotissements de villas poussent à flanc de colline dans tous les sens, pour offrir des résidences secondaires à ceux qui peuvent se le permettre au abords de la mer Egée.

Nous retrouvons Alex et Clarisse lors d’une pause déjeuner, finalement nous resterons avec eux quelques jours ! A Selçuk, nous séjournons chez Adnan et sa famille. Il nous raconte qu’il parcoure la Turquie à vélo depuis longtemps, et prépare maintenant une traversée du pays d’est en ouest avec sa femme et son fils. Coupures de journaux à l’appui, il est connu de toute la communauté cycliste en Turquie ! Petit déjeuner royal en famille le lendemain, invitation à rester autant que nous le souhaitons… Démonstration de l’hospitalité turque et solidarité des cyclovoyageurs ! Le même jour nous sommes abordés par Yüksek, membre du club cycliste de la ville. Invitation à prendre le thé, et finalement il nous propose de le retrouver le lendemain : à vélo nous découvrons ensemble les sites touristiques de la ville. Nous découvrons le site archéologique d’Ephèse, la grotte des sept Dormants, la basilique Saint Jean et la mosquée Isabey. Nous n’imaginions pas que la Turquie comptait autant de lieux liés à l’histoire antique aussi bien conservés ! Terre d’échange par excellence, la Turquie à été occupée par les Grecs, les Romains, les Ottomans, les Seldjoukides et bien d’autres encore ! Nous sommes également frappés par le nombre impressionnant de drapeaux turcs qui flottent partout en ville comme en campagne, au fenêtres, sur les voitures… Difficile encore de mesurer le patriotisme turc au cœur de la population, en revanche le pouvoir politique cherche à s’imposer de manière écrasante ici.

Nous poursuivons notre route vers l’est jusqu’à Denizli, ville d’un million d’habitants qui surgit à la sortie de la large vallée que nous avons suivie sur plusieurs jours. La haute montagne qui ferme la ville au sud disparaît dans cet air trouble, nous distinguons à peine les sommets enneigés. Nous sommes heureux de quitter les routes principales où le trafic est assourdissant pour rejoindre Pamukkale. Ici se trouve le site de Hiérapolis, cité romaine d’envergure qui s’impose dans un cadre verdoyant ! Il reste suffisamment de vestiges pour imaginer l’ampleur de la ville à son apogée : l’agora est bien conservée, ainsi que deux théâtres, les bains, et les portes imposantes qui donnaient l’accès au centre de la cité, bâtie en surplomb d’une falaise assez particulière… Des sources chaudes jaillissent de la montagnes et libèrent en quantité de l’eau chargée en calcium, ce qui a entraîné la formation de bassins en cascade, formant de véritables piscines naturelles taillées dans une roche recouverte d’une couche blanche qui a donné le nom au site, Pamukkale signifiant château de coton en turc.

Après ces premiers jours en Turquie, nous décidons de nous rendre à Istanbul, ville incontournable et riche en histoire ! Depuis Denizli nous embarquons nos vélos à bord d’un bus, bien calés dans la soute. Nous partons à 22h. Lorsque nous nous réveillons, nous approchons de l’immense Istanbul, à cheval sur le Bosphore entre Europe et Asie…

 

Istanbul

Avec ses 20 millions d’habitants, Istanbul est une ville effervescente, bruyante, contrastée, anarchique et spectaculaire. Il ne nous faut pas moins d’une demie journée pour rejoindre Sultanahmet, le cœur historique, depuis la gare routière. Le chaos de la circulation ne rend pas les choses aisées en vélo ! Les garages autos, entrepôts, magasins divers et variés laissent place aux petites supérettes, aux cafés et aux restaurants au fur et à mesure que nous gagnons la vieille ville, adossée à la mer de Marmara et s’ouvrant sur le Bosphore, ce chenal qui relie la Méditerranée à la Mer Noire. Cargos, ferrys, garde-côtes, navires de plaisance s’y croisent en permanence, c’est un défilé incessant !

Installés dans une auberge de jeunesse, nous prévoyons nos occupations de ces prochains jours : visite de la ville et de ses monuments, démarches au consulat iranien pour obtenir nos visas et repos ! Nous sommes étonnés par l’éclectisme d’Istanbul. Son histoire mouvementée se lit à travers ses quartiers très différents les uns des autres, la population qui y vit, ses églises converties en mosquées… Quelle frustration de découvrir que la Mosquée Bleue est fermée aux visiteurs pour rénovation ! Nous nous contentons d’en admirer l’extérieur qui impressionne par ses immenses coupoles bleutées entourées de minarets. À l’autre extrémité de la place où se elle se tient se trouve Sainte Sophie. Bâtie à l’époque de Byzance, elle est convertie en mosquée lorsque les Ottomans s’emparent de la ville. Bien plus massive que la Mosquée Bleue, Sainte Sophie est richement décorée de mosaïques raffinées qui viennent ajouter de la lumière à l’édifice plutôt sombre à l’intérieur.

Autre attraction de la ville et non des moindres, le Bazar ! C’est en réalité tout un quartier où se trouvent micro-échoppes qui vendent absolument tout et parfois n’importe quoi. Costumes, outils, jouets made in China, vêtements, voiles, tapis, nourriture, électronique… C’est un supermarché à ciel ouvert ! Le grand Bazar est un marché couvert au cœur de ce quartier, remarquable par ses voûtes et son architecture, spécialisé dans les antiquités, bijoux et tapis notamment. Plus loin, le bazar Égyptien regorge d’épices colorées et parfumées qui mettent l’eau à la bouche. Nous découvrons également Istanbul « européenne », animée le soir avec ses nombreux bars et restaurants, où la population est moins attachée aux mœurs du pays. Les turcs nous expliquent que ces différences sont bien acceptées les uns des autres, les plus conservateurs et les plus libéraux vivent sans animosité, bien qu’il soit facile de décerner la tendance de chaque quartier. Sur la place Taksim, place symbole de l’Istanbul de gauche et pro-européenne, nous assistons à la démolition du centre culturel Atatürk tandis qu’une mosquée se construit juste en face… Un message de fermeté envoyé par le gouvernement en ce lieu qui a connu les manifestations de 2014…

Les délais pour obtenir nos visas s’annoncent plus long que prévu, en partie dû à un lundi férié en Turquie. Lors de notre passage au consulat, nous rencontrons André, un suisse qui voyage en vélo solaire ! Parti depuis peu, il a équipé son vélo électrique d’un attelage sur lequel sont montés des panneaux solaires qui lui procurent l’énergie nécessaire ! Nous faisons également connaissance d’un couple de suisses (encore !), Nadine et André (décidément…) eux aussi dans l’attente de leur visas iraniens. Nous nous refilons mutuellement les informations pour récupérer le plus facilement possible ces documents, ce qui s’avère être assez aléatoire selon le pays, le consulat, le prix prêt à payer et certainement même le bon vouloir du fonctionnaire au guichet. Nous récupérons nos passeports accrédités d’un droit d’entrée en Iran, nous pouvons reprendre la route ! Nous optons à nouveau pour le bus qui nous emmène en Cappadoce, au cœur de la Turquie.

 

Cappadoce

Pas de doute, nous nous sommes éloignés de la mer. Le sol est sec, le ciel bleu, le vent souffle sur ce plateau ! Nous découvrons le centre de la Turquie au travers de ses petits villages qui vivent essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. Les maisons sont plus rudimentaires que sur la côte. On trouve également plusieurs sites troglodytiques, ces cités souterraines plus où moins grandes qui servaient de lieu de refuge aux chrétiens installés ici. Des tunnels bas de plafond desservent des salles bas de plafond qui servaient de chambre, de réfectoire ou de chapelle, parfois sur plusieurs niveaux sous le sol. Quelques jours plus tard, nous sommes à Göreme, site incroyable par ses paysages ! Le plateau s’est affaissé ici pour former de majestueux canyons assez larges, colorés par cette roche ocre, rose ou rouge, tandis que le fond est verdoyant. L’activité volcanique à formé des pitons remarquables, qui, sous l’effet de l’érosion forment des cheminées de fée incroyables. Ces masses rocheuses caractéristiques de la région ressemblent à des meringues géantes déposées par milliers au fond des vallées. Certaines d’entre elles abritent des monastères ou des habitations assez surprenants !

Alors que nous découvrons le site, nous nous faisons aborder par un turc qui nous rattrape sur son scooter. Il nous demande si nous cherchons un endroit pour dormir. « Suivez moi, j’ai une chambre, de l’eau et des toilettes », nous dit-il sans attendre notre réponse. Nous découvrons alors son Secret Garden : petit paradis caché au fond d’une gorge verdoyante ! Plusieurs jardins en enfilade se succèdent derrière un restaurant qui n’est pas encore ouvert au tourisme. La salle est adossée à la falaise, construite toute en bois, avec de grande fenêtres qui rendent le lieu propice à la détente… À l’intérieur se trouvent de grandes banquettes qui courent le long des murs, devant lesquelles se trouvent les tables. Les tapis et tentures au mur donnent un effet chaleureux et coloré. Nous pouvons rester autant que nous voulons nous explique Ahmed. Il est charpentier et a tout construit ici. En échange, il nous demande un coup de main pour rapporter quelques pierres dont il a besoin pour faire un muret dans son jardin… Un peu pris au dépourvu mais satisfaits du marché, nous voilà à faire des allers et retour avec une brouette que nous chargeons et déchargeons à plusieurs reprises. Nous pensions rester une nuit, finalement ce sera deux ! La proposition de passer la soirée autour d’un barbecue avec Pascal, un cycliste de retour d’un tour du monde de 5 ans n’y est pas pour rien non plus ! Agneau, poulet et légumes à la braise, cuisson à l’argentine, tout en partageant nos aventures nous font passer un très bon moment !

 

L’est de la Turquie

Pour achever la traversée de ce grand pays, nous optons cette fois pour le train. Départ à 0h48, arrivée le lendemain à 19h30… pour tout de même parcourir près de mille kilomètres. Le TGV n’est pas encore arrivé ici ! Nous admirons les paysages à travers la fenêtre du wagon. Le train se faufile dans de belles vallées au cœur des montagnes, puis s’élève petit à petit vers les hauts plateaux de l’est. En traversant Erzurum, le train annonce son arrivée à grand renfort de klaxon… les passants se retournent et saluent au passage, comme le feraient les touristes devant les bateaux mouches parisiens ! C’est qu’il n’y à qu’un seul train par jour qui arrive ici ! Nous achevons le voyage à Kars. Nous reprenons nos vélos pour rejoindre la frontière géorgienne, plus au nord, dans les montagnes du petit Caucase. Arrêtés par la pluie, nous trouvons refuge chez une famille kurde. La communication est difficile, mais nous comprenons qu’il n’est pas question de repartir avant le lendemain… Il fait froid et il pleut dans les hauteurs, nous devons passer l’après midi et la nuit ici ! Nous revivons la même soirée qu’en Arménie : la grand-mère commande les trois jeunes femmes qui s’affairent à préparer le repas et le thé que nous prenons tous ensemble assis à même le sol sur les grands tapis qui recouvrent toute la pièce à vivre. Un des maris est là, tente de communiquer avec nous, difficilement. Une dizaine d’enfants entrent et sortent, nous regardent avec de grands yeux étonnés…

Le lendemain, nous atteignons le lac de Çıldır, à 2000 mètres d’altitude. Nous optons pour la route la plus courte, qui s’avère être un chemin de terre et de pavés finalement bien peu confortable ! En fin d’après midi, nous dépassons le château du Diable perché à flanc de falaise au milieu d’un canyon… après une longue descente sur une belle route flambant neuf, nous approchons de la frontière. La traversée de la Turquie aura été bien mouvementée ! Et l’une de nos dernières rencontres aura été peut être celle que nous aurions aimé ne pas faire : un Kangal, un chien de berger impressionnant par sa taille, son air féroce et son collier doté de pics énormes se sera pris pour le gardien des lieux… Heureusement il n’aura pas franchi la rambarde du bord de la route, celui-là ! Les turcs, fiers, nous disaient : ils sont capables d’attaquer les loups ou les ours, ce sont de bons gardiens ! Tu m’étonnes !

 

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Cet article a 12 commentaires

  1. Super, super. Les palais, les cheminées de fees, et les tulipes fleurs des sultans vraiment sympa tout cela…… bisous. Merci pour ce beau récit ainsi que les photos. Maman

  2. Bonjour
    Merci pour ce recit turc captivant
    Pas de regret pour l’interieur de la mosquee bleu qui est une coquille vide a et tres decevante en regard de la majeste de l’exterieur
    Je vois que vous avez opte pour une partie du voyage en train , heureusement car les distances a parcourur sont impressionnantes
    Il me tarde le prochain episode
    Profiter bien !!!!
    Patrick

    1. Contents de savoir que l’intérieur de la mosquée bleue n’égale pas l’extérieur. Sans regrets alors. Nous voyons tellement de belles choses par ailleurs…
      En effet nous nous sommes épargnés une longue journée traversée du pays afin de pouvoir consacrer plus de temps aux pays d’Asie centrale plus lointains.
      Et merci pour tes messages assidus ! Ça nous fait toujours plaisir de voir les réactions de nos « lecteurs ».
      A très bientôt.

  3. Comment ne pas penser à notre jeu ferroviaire fétiche à la lecture d’Erzurum ! il était de quel couleur le train ? 😉 Merci pour la narration de vos belles aventures ! Bon voyage en Iran et hâte de connaître la suite !

    1. Ah oui, on aurait adoré se faire une partie des aventuriers du rail à Erzurum ! On a bien pensé à vous ! Pour répondre à ta question le train était blanc 😉

  4. Encore un beau récit passionnant et plein de belles photos !!! Merci, de tout coeur !
    Je vous embrasse avec toute mon affection !
    Mamie Annie

  5. Encore un superbe reportage et de superbes photos… merci de prendre le temps de partager, vous faites des heureux (heureux et jaloux à la fois 😉 ) !
    Mais comment faites-vous pour reprendre la route après chaque étape de découverte fascinante ? Vous devez souvent être tiraillés entre l’envie d’approfondir et celle de voir encore autre chose ! Et nous qui restons dans notre confort…
    Bon c’est décidé demain je reprends le vélo ! Au moins pour aller chercher le pain… 😉
    Gros bisous à vous 2

  6. Encore un récit passionnant, une palette de rencontres, de lieux, d’aventures, de couleurs, de senteurs (presque !), de sensations,… bravo et les photos superbes ! Et pas besoin de voir le chien en photo, avec la description on l’imagine bien et on frémit.
    Merci pour la carte de Georgie reçue la semaine dernière.
    Des bises

  7. Toujours aussi intéressant dans la description, dans les rencontres et toujours aussi belles photos !!!!
    Bravo et bonne route…..

    1. Merci. On va tâcher de poursuivre dans la même veine ! Pour les photos on fait beaucoup de paysage mais certainement pas assez du quotidien,de portraits des gens que l’on rencontre… A suivre.

  8. Merci pour vos récits de voyage et ces très belles photos !! Des lieux et des paysages magnifiques!
    Bonne route, Bonne continuation.

    1. Merci Isabelle, en effet, tellement de beaux endroits à découvrir…! On aurait dû embarquer Adé comme photographe 😉

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