Transsibérien

Transsibérien

Du 13 au 26 Septembre

(J)

Nous avons passé une semaine à Almaty, en compagnie de Pauline et Léo. La ville est moderne avec ses larges avenues, ses bars « grill et karaoké » à tous les coins de rue, ses universités et ses gratte-ciels. Les hautes montagnes en arrière plan offrent un décor plutôt sympathique ; nous en profiterons d’ailleurs pour faire une journée de randonnée dans les hauteurs. Nous imaginons sans mal qu’Almaty soit une des villes les plus attrayantes de Kazakhstan, si ce n’est de l’Asie Centrale. Les petites cantines où sont servis le plov et le lagman (plat de pâtes chinoises aux légumes) côtoient les restaurants de fast-food où se vendent des burgers et des pizzas. Les franchises de magasin de mode ou d’électroménager sont installés dans des centres commerciaux, non loin du bazar où l’on trouve les étals de fruits et légumes, des gadgets importés de Chine et du fil de fer à la découpe, très utile pour réparer la fixation de ma sacoche de guidon. Nous passons au consulat de Russie pour faire notre demande de visa de transit, à défaut du visa touristique qui nous est refusé si nous ne faisons pas les démarches en France. Après avoir récupéré notre autorisation de séjour pour 5 jours, nous sommes prêts à partir. Nous quittons nos compagnons marseillais, et filons vers la gare.

 

Nous embarquons à bord d’un train soviétique dans lequel nous allons passer la nuit afin de rejoindre Astana, la capitale, bien au nord du pays. À bord, le couloir dessert des compartiments ouverts. Une paire de deux banquettes superposées se font face autour une petite table d’un côté, et deux autres sont situées de l’autre côté du couloir. Il ne faut pas être trop claustrophobe et assez souple pour s’intercaler sur la banquette du haut ! Sans compter que nos vélos sont encastrés entre le plafond et les banquettes supérieures, ce qui ajoute un peu à l’atmosphère assez confinée du train. Nous partageons l’espace avec deux kazakhs, dont un jeune qui nous pose plein de questions sur notre voyage et la vie en France. Il m’apprend qu’il est architecte de formation, et travaille depuis deux ans sur des logiciels de dessin en 3D. Son salaire ici est six fois plus faible que ce qu’il pourrait avoir en France… A l’entrée du wagon, nous allons nous servir en eau chaude pour le thé, en déambulant entre les banquettes où chacun discute avec son voisin. Les voyageurs s’installent pour la nuit : on quitte le manteau et les chaussures pour les vêtements de nuits et les chaussons. Comme à la maison !


Astana est devenue la capitale kazakh lors de l’indépendance du pays après la chute de l’URSS. Comme Oulan-Bator, en Mongolie, la ville subit un climat continental extrême qui lui vaut des étés chauds et des hivers extrêmement rigoureux, un vent glacial… C’est vrai que la steppe qui s’étend sans discontinuité n’offre pas vraiment de quoi tempérer le climat. Pour l’heure, nous découvrons la ville sous le ciel gris et pluvieux : l’automne est arrivé. Astana, c’est un peu le Las Vegas du Kazakhstan. A la différence notable qu’on n’y trouve pas des casinos, mais des tours de bureaux ou des centres commerciaux qui rivalisent de d’originalité et d’exubérance… À une extrémité de l’avenue, le palais présidentiel domine l’ensemble. Nous avons eu la confirmation de ce que nous avions entendu, la ville n’est pas vraiment appréciée par ses habitants, qui la trouve bien artificielle et où les relations entre les gens ne sont pas aussi sincères que dans le reste du pays.

Nos deux jours sur place nous suffisent, et nous reprenons le chemin de la gare. Même train, même protocole, mais à bord l’ambiance conviviale à disparu. Nous avons deux jours et demi à passer à bord pour rejoindre Moscou, et les russes qui rentrent à la mère patrie sont bien plus silencieux et de premier abord, fermés. Nos voisines de compartiment ne nous parlent pas trop, en revanche un ou deux autres voyageurs viennent faire la discussion lors des pauses sur le quai des gares où nous nous arrêtons. Nous avons deux chefs de wagon qui se relaient pour veiller sur les passagers, et ils forment une sacrée équipe : l’un est grand, de forte carrure, assez nonchalant au point de dormir torse nu sur une des banquettes de passagers, l’autre est une petite dame qui avait tout de l’institutrice qui se veut sévère et qui surveille chaque faits et gestes en regardant par-dessus ses lunettes. Je me suis fait reproché d’avoir écarté le rideau de la fenêtre (j’ai fini par comprendre que ça faisait des plis sur le tissu…), d’avoir pris une photo depuis la fenêtre (pas le droit de prendre les voies de chemin de fer en photo), etc… Autre incident notable du voyage qui a trompé la monotonie de la steppe puis de la taïga : nous avons franchi la frontière russe la veille du jour autorisé par notre visa. Une mauvaise estimation de notre part fait qu’à quelques heures près, nous n’étions pas encore autorisés à rentrer sur le territoire. Heureusement, la police russe a été plutôt conciliante sur ce coup là. Le paysage laissait entrevoir quelques villes dans les vallées au milieu de la forêt infinie. Maisons de bois colorées, usines fumantes et grisâtres, rivières bleues ponctuaient les étendues de bouleaux aux couleurs orangées. Promis nous reviendrons découvrir ce pays aux multiples facettes, et nous irons jusqu’au Baïkal !

En attendant, nous arrivons à Kazanskaya, gare terminus du train à Moscou. Nous renouons avec notre communauté Warmshowers, et Pavel vient nous chercher à la gare. Il travaille à deux pas de là comme vélociste dans un petit atelier. Il nous consacre un peu de temps après ses journées de travail pour nous dépeindre rapidement la situation de la Russie d’aujourd’hui. Il fait partie d’une minorité qui penche pour l’opposition. Sa vision des choses n’est pas très positive : contrôle de la population et suppression de tout contre pouvoir sont le quotidien des russes. Nous n’aurons pas le temps de rencontrer beaucoup plus de monde, malheureusement. Nous découvrons la Place Rouge et le Kremlin, les églises orthodoxes et les monuments historiques qui font de Moscou une ville impressionnante et riche de son Histoire.

Délestés de nos vélos, en arpentant les avenues piétonnes, nous sentons que la fin du voyage approche. L’Asie Centrale paraît déjà bien loin, et nous retrouvons la frénésie des grandes villes occidentales. Nous n’y sommes pas encore, mais nous nous posons la question de l’après voyage. Après avoir vécu une vie nomade sur les routes de régions où le rapport au temps et aux autres et bien différent de chez nous, quel sera notre ressenti lorsque nous retrouverons le rythme de vie européen ?
Nous quittons Moscou pour Helsinki, en Finlande, encore une fois par le rail. Ce train couchette russe moderne est bien plus confortable, mais n’offre aucune place pour les vélos ! Nous causons bien du souci à la responsable du wagon, qui finalement s’arrange en calant les montures contre la porte donnant sur le quai. Le vieux samovar au charbon est remplacé par la fontaine à eau chaude et on trouve même une douche à bord. Le lendemain matin, nous arrivons en gare d’Helsinki. Pas de tampon dans le passeport, le drapeau européen flotte à la frontière, et nous devons retirer des euros. Dans la gare la signalisation est traduite en anglais, on y vend des sandwichs sous plastique et en face du parvis, les enseignes du centre commercial affichent un Lidl, H&M et Starbucks. Je crois bien que nous sommes rentrés à la maison. Manque plus que la baguette de pain.

 

Cet article a 15 commentaires

  1. Moins de paysages et plus de villes… Effectivement, ça sent le retour à l’écurie ! Et comme on dit, bons baisers de Russie ! A bientôt les cocos 😀

  2. Eh oui, tout a une fin, et on comprend bien que les villes, même avec encore un cachet d’exotisme ne fassent pas autant « dépaysement » que les immenses plaines d’Europe centrale que vous avez traversées! Sans parler de la population diamétralement opposée à celle accueillante des rurales des steppes. Vous allez nous en apprendre des choses.!!! Profitez quand même à fond des jours qui vous restent à vivre et à admirer, hors de notre Europe occidentale. A très bientôt vous revoir et surtout… vous écouter. Affectueuses bises de Papy.

  3. La « réadaptation » se fait en douceur grâce à cette transition, qui reste une belle découverte d’autres environnements. Et toujours de belles photos, un texte passionnant, on continue de voyager avec vous ! Profitez bien des derniers tours de roue, avant qu’on vous assaille pour vous embrasser et vous fatiguer de questions, de félicitations… 🙂 A bientôt !

  4. Bon retour sur terre! Effectivement, le contraste est surprenant….mais vous retrouvez peu à peu la réalité de ce que vous avez laissé derrière vous il y a…9 mois, si je ne me trompe. La réadaptation se fera peu à peu, je vous le souhaite. Bravo et « chapeau » pour votre courage, votre ténacité, votre optimisme, vos leçons de vie, vos dons de reporter….

    Je vous embrasse
    Colette

  5. ça sent, sinon la fin de quelque chose, une étape qui se termine avec des valises de souvenirs, de rencontres, de découvertes d’autres façons de vivre, de simplicité, d’accueil etc…
    vous avez réussi à aller au bout de votre rêve.
    Bravo encore, bon retour. Encore merci pour les récits très vivants et les superbes photos.
    Je vous embrasse
    Daniel

  6.  » Nous reviendrons découvrir ce pays……et nous irons jusqu’ au Baïkal… » Bien sûr, vous ressentez de la nostalgie et aussi la frustration de n’ être, pas allés jusqu’ au lac Baïkal mais vous revenez, ,la tête et le coeur, pleins de souvenirs extraordinaires ! Quelle richesse impalpable mais tellement durable vous avez acquise et méritée ! Et je pense que vous n’ êtes plus tout-à-fait les mêmes. Vous revenez avec des plus plus plus ! Merci pour ce commentaire qui, comme les autres, nous fait réfléchir. Merci pour ces nouvelles très belles photos.
    Vous pouvez être fiers de vous,
    A bientôt la grande Joie de vous revoir !
    Je vous embrasse très fort.

    Mamie Annie

  7. Après ce voyage pourquoi pas la Reunion ?! Lol je rigole. Profitez bien de la dernière ligne droite 🙂

    1. Mais je suis tout à fait d’accord ! Allons tous chez Joe ^^

    2. Ça pourrait être tentant ! En tout cas on a hâte de vous revoir, profitez bien la bas !!

  8. C’est vrai que vous vous rapprochez de la maison, mais avec tellement de souvenirs engrangés durant votre périple ! Merci encore pour ce beau récit et ces très belles photos. Encore quelques coups de pédales et nous nous retrouverons. J’en ai les larmes aux yeux rien que de l’écrire alors à très vite. Plein de gros bisous de maman

  9. Belle continuation Sarah et Jonath. J’ai hâte de vous voir et de vous entendre nous raconter cette belle expérience qui restera pour vous des moments inoubliables et magiques. Encore merci pour tout.
    A très très vite maintenant. Je suis émue et excitée de vous voir réellement.
    Bisous, bisous, Maman

  10. Un coucou de Rouen pour vous redire toute mon admiration et celles de mes petits enfants à qui j’ai fait partager vos photos . Grâce à vous l’ignare en géographie que je suis est maintenant imbattable sur tous les pays en « stan » , et nous sommes devenus addicts aux jeux de géo en ligne 🙂 à défaut de suivre votre chemin !
    Vos récits étaient superbes et nous ont fait voyager, être émus , étonnés, ébahis, apeurés parfois 😉 .
    Je pense à vous qui devez balancer entre la joie de revoir vos proches et l ‘envie de déjà repartir vers la découverte d’autres possibles …
    Je vous embrasse et vous invite à vous arrêter sur Rouen où nous serons ravis de vous recevoir 🙂
    Corinne

    1. Merci Corinne ! Et oui nous aussi avons pu réapprendre notre géographie grâce à ce voyage, et mettre des images, des histoires, des ressentis sur ces paysages. Je serai super content de te revoir à l’occasion, sur Rouen ou ailleurs ! Jonathan

  11. Encore bravo pour ce long voyage! Merci beaucoup de nous l avoir fait partager avec vos superbes commentaires et magnifiques photos. Vous avez toute notre admiration et vous pouvez être vraiment fiers de vous et vos proches aussi. Encore une semaine et vous retrouverez vos familles et amis. Nous vous souhaitons une très belle soirée. Bises de nous trois. Isabelle, Benoit et Florianne.

  12. J’ai suivi votre périple grâce à vos superbes photos et vos récits palpitants.Je ne peux que féliciter les deux aventuriers qui se sont lancé un tel défi et l’ont si vaillamment relevé : bravo à tous les deux, Sarah et Jonathan ! Isabelle Scapin

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